08.10.2008
Patients, médecins, qu'est-ce que les nouvelles technologies ont changé pour vous ?
Technologie et Médecine, ce sont 2 mots qui paraissent indissociables.
La médecine du XXIème siècle, aux yeux des patients, c'est la TECHNOLOGIE : la radio, le scanner, l'IRM, la scintigraphie... C'est spectaculaire, c'est signe qu'on a vraiment quelque chose. La Clinique passe au second plan, comme si on ne pouvait plus se contenter d'une fine analyse sémiologique du médecin.
Côté Blouse Blanche, la Technologie devient l'auxiliaire indissociable de notre pratique. On a besoin d'elle, pourtant, parfois, elle nous rendrait presque paresseux.
En Neurologie, j'étais affectée avec 5 collègues dans l'unité dédiée aux AVC. Nous faisions gentillement notre petit boulot d'externe : examiner les patients, faire de belles observ', récupérer les examens complémentaires. Nous avions bien compris le "truc" : si le déficit moteur est à droite, la lésion dans le cerveau est à gauche. En général, les patients souffraient d'une hémiplégie, qui touchait la face : accident sylvien. Pour plus de précisions, se référer à l'imagerie (Scanner ou IRM).
Un jour, lors de la Grande Visite, avec le Professeur, il nous interroge sur la localisation de la lésion du patient. Nous répondons, comme d'habitude, "le déficit moteur est à droite, la lésion est donc à gauche, puis on va regarder l'imagerie" et là, le Professeur n'était pas content du tout : "Quoi ? Mais enfin ! Rien que sur la Sémiologie, vous devez pouvoir dire la localisation exacte de la lésion !". Et il n'avait pas tort, le Professeur...
Lui, il a connu l'époque où le Scanner et les IRM n'existaient pas ! Il fallait faire sans. Il fallait être fin sémiologiste pour savoir d'où venait le mal. Maintenant, un coup d'IRM pour les mieux lotis, ou de scanner pour les autres, et hop ! L'AVC est trouvé.
Même si parfois on a l'impression que l'imagerie est plus performante que l'examen clinique (l'échographie est plus précise que ma palpation abdominale...), elle ne peut pas la remplacer le contact humain. J'aime croire que jamais le froid du gel à échographie ne remplacera la chaleur rassurante de ma main sur le ventre du patient.
La technologie rend la médecine plus technique, plus industrielle, mais aussi moins humaine. La Médecine deviendrait une technique comme une autre. Je pense que ça explique aussi pourquoi les patients veulent une obligation de résultat et nous en veulent de nous en tenir à noter obligation de moyens.
La technologie nous permet de faire des progrès, d'améliorer les prises en charge mais elle dégrade aussi la confiance dans le jugement du Médecin, être humain faillible.
12:11 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : carnaval des blogs médicaux, médecine, technologie, médecin, patient, changement
07.04.2008
Le placebo et moi
Comme j'étais assez insatisfaite de ma note précédente pour le carnaval et même si l'inspiration m'est venue hors délais, je vous soumets une nouvelle note.
Jusqu'à présent, j'avais une image assez étrange du placebo : un médicament uniquement destiné à tromper les esprits faibles. Un petit placebo pour une petite chose et hop ! d'un coup ça allait mieux.
J'ai récemment été confrontée au cas d'une petite jeune fille admise à l'hopital pour douleurs : des douleurs importantes et invalidantes. Ces douleurs, ce n'était pas du chiqué puisqu'elles ont même provoqué des symptômes insimulables. Malgré des doses importantes d'antalgiques, elle continuait à avoir des crises douloureuses, on a quand-même essayé un placebo sur la demoiselle (échec). On a donc été amené a se poser la question de l'influence du psychisme sur le somatique...
Pourtant, on ne peut pas nier l'intrication des deux phénomènes : Placebo-induced changes in FMRI in the anticipation and experience of pain
J'avoue que ce cas m'a amené à me poser la question de l'utilité des thérapeutiques non médicamenteuses et des techniques de médecines complémentaires dans le cas des douleurs chroniques.
Même si ce cas ne s'incrit pas forcément dans ce cadre-là, comment peut-on amener les patients sur une prise en charge très globale de leur douleur, sans leur donner l'impression que l'on ne les prend pas au sérieux ?
Peut-on gagner la guerre uniquement avec l'artillerie lourde, sans s'aider de petits moyens d'artillerie ?
19:56 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : carnaval des blogs médicaux, médecine, médicament, placebo
01.04.2008
Le médicament et vous
La relation au médicament est complètement différente selon le côté de l'ordonnancier où l'on se trouve.
- Le patient.
Il reçoit le médicament comme la chose qui peut l'aider/le soigner/le guérir, selon la pathologie dont il souffre. Le médicament peut donc être tour à tour :
-le sauveur ("j'ai pris ce médicament et puis plus rien !),
-le responsable de tous les malheurs ("C'est depuis que j'ai ce médicament que ça ne va plus, docteur"),
-ou le boulet qui vous rattache à votre statut de malade : "j'en ai assez, je trouve que je prends trop de médicaments..."
- Le médecin.
Il est le prescripteur. Le médicament est un auxiliaire qui prolonge l'acte médical, l'acte final qui cloture l'examen clinique. Grâce à qui il espère apporter un plus au patient (qui se doit donc d'être bien observant !). Il explique donc au patient, le pourquoi du comment il faut prendre le médicament, en espérant une bonne Observance (= respect des instructions et des prescriptions du médecin. Petit Larousse).
Là où les choses deviennent croustillantes, c'est lorsque le médecin devient patient. On le sait, comme le dit le proverbe, les cordonniers sont les plus mal chaussés. Et les médecins n'échappent pas à la règle.
Lorsqu'ils sont malades, ils ont tendance à faire leur propre cuisine (plutôt bien, mais bon). Ils sont parfois sérieux, et se font soigner par un confrère... et oh, bizarrerie, ils se comportent comme tous les patients, ils ne sont pas observants !
Moi la première. Faites ce que je dis mais pas ce que je fais : "Oh oui, je le sais bien que je dois prendre mon comprimé tous les jours, mais bon souvent j'oublie, puis j'ai pas envie, puis les anti-histaminiques... "
"... ah finalement, j'aurais mieux fait de prendre mon comprimé. S*****rie d'allergie... Grrrr !!! Tant pis, on essayera de faire mieux demain !"
Les soignants sont souvent les plus "mauvais" patients. Est-ce que mes propres difficultés d'observance m'aideront à rendre mes patients plus observants ?
08:00 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : carnaval des blogs médicaux, médecine, médicament


