27.03.2008
Compagnonnage
Les études médicales sont assez à part dans le lot.
Elles fonctionnent par compagnonnage : un étudiant prend en charge un étudiant plus jeune. Il n'a pas vocation à enseigner et pourtant, il explique, montre aux plus jeunes les rouages du service, de l'examen clinique.
C'est une tache que j'aime bien. Ca permet de faire connaissance avec les plus jeunes (je ne suis pas férue de "soirées médecine" et autres galas). Il faut savoir faire passer des informations importantes malgré des connaissances parfois/souvent (rayer la mention inutile) parcellaires. J'ai souvent l'impression de ne pas savoir assez de choses mais pourtant j'ai envie de leur faire passer le peu que je sais, de façon à ce qu'ils/elles se sentent à l'aise.
J'aimerais parfois que d'autres co-externes s'investissent dans l'accueil des plus jeunes : parce qu'on sait ce que ça fait d'être mal accueilli, et qu'il n'y a rien de pire que les stages de plantes vertes. Pourtant, certains passent devant nos cadets, sans même leur dire bonjour !
Un matin en stage :
- Bonjour ! Tiens mais tu es qui toi ?
- La P2 (= 2ème année)
- mais tu ne t'appelles pas P2 ! Comment tu t'appelles ? Tu es là jusqu'à quand ?
C'est étrange de constater comment nos jeunes se concidèrent : ils ne sont plus que des numéros... Difficile de trouver ça place dans ce cas !
Il y a déjà tellement de raison de se décourager dans ces études, que ce n'est pas la peine d'en rajouter ! Puis il faut bien avoir en tête que nos études, ce ne sont pas l'ENC, on nous bourre tellement la tête qu'on ne pense plus qu'aux dossiers, on rechigne à aller aux cours sur l'annonce diagnostic ("on l'a déjà fait puis ça tombe pas en dossiers, c'est une perte de temps", chacun sa vision des choses mais il était vraiment bien fait ce cours) et trop concentrés sur notre propre apprentissage, on zappe les autres... Pourtant, ça sera ça,notre vie d'interne, annoncer des diagnostics et former les externes !
J'ai fait médecine pour l'humain, donc ça commence par s'occuper des autres, y compris nos futurs confrères !
Ce post, m'a été inspiré par une demoiselle de D1 (=3ème année), qui m'a envoyé un petit mot de remerciement pour lui avoir appris des trucs... c'est super rare et extrêmement gratifiant !
19:56 Publié dans Etudes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : études
20.03.2008
Chronique d'un débat sur la mort annoncé
On ne peut lire un journal, ni allumer sa télévision, ni surfer sur le web, sans entendre parler du cas de Mme Sebire : cette femme qui a demandé le droit de mourir.
J'ai très envie de réagir sur ce sujet, si hautement sensible, et j'espère que je ne le ferais pas trop maladroitement. Plusieurs réflexions me viennent en vrac :
1. Cette femme est maintenant morte, elle ne souffre plus. Enorme battage médiatique, plus que lorsqu'elle était encore en vie. Pour respecter le deuil de sa famille, faut-il en faire une martyre ?
2. Je suis ulcérée par ce pathos ambiant étalé par les médias (Est-ce ça la dignité ? Noyer les gens dans le pathos et limiter cette femme à ça?). Le caractère absolument dramatique de cette vie, particulière et unique, est-il une justification pour dire tout et n'importe quoi et faire des généralités ?
3. Les associations qui militent pour l'euthanasie me fatiguent : elles en profitent pour tirer la couverture à elles et comparent les histoire de Vincent Humbert et de Chantal Sebire. Ce n'est en rien superposable : l'euthanasie active c'est différent du suicide assisté. Ce sont deux questions différentes, qu'il ne faut pas confondre.
4. Il faut reconnaître que la médecine a ses limites : on se bat pour faire ce qu'on peut pour soulager les souffrances des gens, mais parfois on ne peut plus rien. On propose des solutions médicales, mais ça ne marche pas toujours (partiellement ou pas du tout) ou les patients refusent. Dans ces cas-là, nous sommes impuissants. Que faire ?

5. Est-ce le rôle du médecin de mettre fin à la vie de quelqu'un ?
6.Qu'est ce qu'une mort digne ?
19:05 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médecine, coups de gueule, éthique
12.03.2008
Délocalisation
Pour gagner plus d'argent, on délocalise tout : les usines de jouets, de vêtements, de voiture,... et même les unités de production de médicaments.
Je n'aime pas trop cette idée, je la trouve inquiétante : en Europe, on a beaucoup de normes, de contrôles et le principe de précaution. Doit-on attendre des catastrophes pour réagir ?
Rhodia ferme la dernière unité de production de Paracétamol en Europe article paru sur Le Monde.fr rubrique économie
Héparine contaminée article paru dans 20minutes
22:07 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : actualités, médecine
10.03.2008
les Larmes
S'il y a bien quelque chose de déstabilisant dans la pratique médicale, se sont les larmes (j'en parlais déjà là et encore là).
Elles expriment une foule de choses : de la tristesse à la joie, en passant par le désespoir, la honte ou même la colère.
Savoir gérer les larmes des nos patients, c'est toujours difficile. Et ça, ça ne s'apprend pas dans les livres !
Ce matin, j'ai amené 2 étudiantes de 3ème année avec moi pour faire l'observation d'une nouvelle patiente.
Faire l'observ', c'est un moment de vérité. On s'évalue, on apprend à médecin. Lorsqu'on explique cet élément-clé à des étudiants plus jeunes, c'est encore plus difficile, parce qu'on veut être un bon modèle (ce qui n'est pas évident, lorsque l'on est soi-même en formation !).
Ce matin, je n'ai pas été un bon modèle. Mon examen clinique a été trop parcellaire.
La patiente est hospitalisée dans le service pour une aphasie et des troubles moteurs. Cette dame est consciente de son problème pour parler, elle n'arrive pas à sortir ce qu'elle veut nous dire. Elle en souffre beaucoup. Elle s'est mise à pleurer.
J'avoue que je n'ai pas essayé de trop pousser l'exploration des troubles du langage : ses larmes m'ont complètement déstabilisé. Difficile d'expliquer aux étudiantes ce moment. Elles aussi étaient visiblement génées.
La suite s'est bien passée... Nous avons rapidement enchainé sur l'examen clinique : plus facile à expliquer aux étudiantes (et comme ça, elles ont pu participer), moins douloureux pour la dame...
Sensation amère d'inachevée...
Demain, on remettra ça, juste elle et moi, en espérant que j'arrive à juguler le flot
23:12 Publié dans Pratique médicale | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : apprentissage, médecine
06.03.2008
Les médecins
En ce moment, il y a un gros buzz internet autour d'un site de notation des médecins (pas encore ouvert, sur le même modèle que celui des profs). Et ça me laisse vraiment perplexe...
Quand on lit tout le fiel que certains déversent à propos des médecins sur le net (genre : "les médecins c'est tous des pourris qui pensent qu'à se faire du fric sur le dos des patients"), ça risque d'être complètement non constructif comme site...
Aujourd'hui, couverture de METRO qui répond à ce buzz : "Médecins au bord de la crise de nerfs"...
Des médecins qui souffrent, à des kilomètres de l'image d'Epinal qu'ont en tête les patients.
Deux populations face à face qui n'arrivent pas à se comprendre...
Déjà au cours de ces études, j'ai eu des moments difficiles... Même si là, ça va très bien ! J'imagine bien à quel point ça peut être dur pour les praticiens !
Ca risque d'être encore plus dur dans l'avenir avec la chute du nombre de médecin...
Comme je l'ai vu sur le blog d'un médecin généraliste : "la vocation : OUI, le sacerdoce : NON"
Si vous aimez votre médecin, prenez-en soin ;-)
16:34 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : médecine, coups de gueule
Bonjour
Bonjour, Monsieur/Madame l'internaute,
Je me présente, je suis Cesslasanguine, étudiante en médecine en 5ème année.
C'est moi qui vais suivre votre dossier le temps de votre hospitalisation, mon rôle consiste aussi à vous examiner et à vous suivre de près.
Racontez-moi ce qui vous amène ici...
16:20 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note


